RAPPORT DE LA MISSION EFFECTUEE PAR

CATHY PERNOT et PHILOU BEAUCHAMPS

au BURKINA-FASO

du 26 octobre au 5 novembre 2008

 

 

 

Kokologho, à 45 kms de Ouagadougou sur la route de Bobodioulasso.

 

 

En préambule, nous devons préciser les grandes lignes de ce projet pour ceux qui ne savent pas encore de quoi il est question :

Compte tenu de notre expérience de terrain et afin de mieux maitriser tous les paramètres de l’aide au développement que nous souhaitons apporter, nous avons décidé de créer une structure socio-éducative ouverte qui sera gérée par notre association.

Au cours de l’été 2007 nous avons cherché un terrain et après différentes rencontres, les villageois d’un quartier de Kokologho, intéressés par notre projet, nous ont donné une parcelle de près de 7 hectares, en zone non lotie. Ce terrain, en partie arboré et riverain d’un bas-fond qui se remplit d’eau en saison pluvieuse nous convient parfaitement.

Depuis il a fallu suivre les méandres d’un parcours administratif compliqué pour espérer y travailler efficacement et dans de bonnes conditions. A ce jour nous avons obtenu le « procès-verbal de palabres » qui nous reconnaît coutumièrement et administrativement la concession du terrain et l’agrément ministériel pour la création d’un établissement d’enseignement de base privé.

Notre ambitieux projet comporte plusieurs phases :

 

L’essentiel de cette mission a consisté à tout mettre en œuvre pour accueillir nos premiers pensionnaires.

 

Dès le premier jour, nous nous sommes rendus sur place avec Justin (l’entrepreneur) pour une réunion de réception du chantier. La première phase de construction était quasi-terminée, les locaux sont fonctionnels, nous sommes globalement très satisfaits du résultat. Dortoir, cuisine, magasin et réfectoire sont opérationnels, les latrines sont terminées, la pompe modèle « Volanta » a été installée en notre présence par le technicien spécialiste sur le forage, un bassin a été réalisé pour permettre l’irrigation d’un jardin en gravitaire, nous avons évoqué la réalisation d’un réservoir sur  la douchière (qui peut d’ores et déjà être utilisée) et nous nous sommes mis d’accord sur les finitions. Les bâtiments en pierres taillées ventilés sous toiture résistent assez bien à la chaleur et la température intérieure y est agréable. Pour que les aménagements soient solides et durables, nous avons fait réaliser le plus possible d’équipements en béton (lits, casiers de rangement, banquettes, tables et tabourets extérieurs…).

 

Issa, l’animateur que nous avons recruté l’été dernier et qui assume la charge du groupe a suivi une formation sur le terrain, en situation avec les jeunes concernés, à l’ANERSER (l’association qui œuvre auprès des enfants des rues à Ouagadougou). Au cours de ce stage il a eu l’occasion de connaître les jeunes, appréhender les réalités quotidiennes de cette population, travailler à leur coté, être reconnu par eux et gagner leur confiance.

 

Pour que nous puissions transporter tout ce qui devait être mis en place pour l’ouverture, notre ami Amidou, directeur du CFA de Tangaye, a mis son pick-up à notre disposition (Grand Merci Amidou !...).

 

Notre parcours administratif n’étant pas encore terminé, nous sommes allés plusieurs fois à la Direction du Suivi des ONG (DSONG) faire état de nos difficultés d’obtention de l’exonération des taxes liées à notre demande d’autorisation d’exercer auprès du Receveur des Domaines de Koudougou. Le dossier n’étant pas réglé à notre départ, nous avons donné procuration à notre ami Sougyidé pour qu’il approfondisse les recherches et que nous finissions par connaître la nature des taxes qui nous sont réclamées et si nous pouvons revendiquer notre droit à l’exonération pour tout ou partie.

 

Nous avons consacré beaucoup de temps à l’achat (et l’acheminement) des équipements nécessaires au démarrage des activités.

A leur arrivée les enfants reçoivent : une malle métallique pour ranger leurs trésors personnels, la literie, le nécessaire de toilette, les couverts…

Nous avons équipé la cuisine : plaque de chauffe, bouteille de gaz, marmites, casseroles…

Acheté au marché des vivres pour les réserves : haricots, maïs, riz…

Prévu le matériel pour l’entretien de locaux : balais, brosses…

Fourni le matériel de base pour les activités agricoles : pelles, pioches, brouettes…

Mis en réserve les derniers cartons de notre collecte, (vélos, groupe électrogène…).

 

Pour préparer notre intégration dans les meilleures conditions, nous avons organisé une réunion de rencontre avec la population. Nous avions demandé aux ressortissants du village qui avaient effectué pour nous les transactions auprès de la population de venir de Ouagadougou pour participer et nous introduire, afin que les choses soient clairement établies. Nous avons expliqué notre projet, présenté les intervenants, chacun a pu s’exprimer et poser ses questions, nous avons dit que nous souhaitions travailler en harmonie et collaborer à chaque fois que ce serait possible. Pour respecter la coutume, nous avons offert au chef de village et aux anciens, un coq blanc, une chique de tabac et des noix de cola, ce qui dans la symbolique des rites représente notre reconnaissance pour le terrain que l’on nous a accordé. Il restait quelques petits arrangements à régler… Nous avons proposé une charrette ou un bœuf en compensation à un paysan qui devait abandonner ses manguiers sur ce qui est devenu « nos terres ». La réunion a été agréable, tout le monde était là, pour conclure nous avons eu droit aux applaudissements, ce qui signifie qu’ils étaient d’accord.

 

Avant le démarrage des activités du centre, nous avons déjà pu constater des résultats encourageants sur nos premières plantations. Les pieds de Jatropha, plantés en haie de clôture ont pris à plus de 60%, les manguiers sont en bonne voie, ainsi que les pieds de gomme arabique ; nous avons pu récolter des arachides et du haricot, la parcelle de sésame est prometteuse… En revanche le maïs et les patates n’ont pas bien donné. Nous avons commencé les plantations de moringa.

 

Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois avec les responsables de l’ANERSER pour mettre au point une convention de partenariat et consigner par écrit les relations de collaboration convenues entre nos deux associations.

Cette convention stipule :

« …Nous prendrons en charge un groupe d’enfants issus, de la rue qui seront formés aux techniques de la terre (maraîchage, élevage, agriculture) et leur donnerons les moyens de se réinsérer dans leurs villages.

Ils seront logés, nourris et formés pendant une durée normalement prévue de deux années. L’animateur référent sera recruté, rémunéré par VSD et supervisé par l’Anerser.

Les jeunes seront avec leur animateur responsable, associés à toutes les activités quotidiennes de la vie du centre :

- Entretien et nettoyage des lieux d’hébergement ;

- Préparation des repas ;

- Aménagement et préparation des espaces d’activités ;

- Mise en place d’activités de maraîchage, élevage et agriculture avec l’espoir d’un rapide autofinancement des besoins quotidiens. Tout ce qui sera produit servira d’abord à couvrir les besoins alimentaires, les excédents pourront être vendus, dans ce cas les recettes seront utilisées pour financer les activités du centre.

Il a été précisé que la structure ne serait pas uniquement réservée à l’accueil des jeunes de l’ANERSER, mais que d’autres activités y seront proposées.

Il pourra s’agir notamment d’activités de formation, d’alphabétisation, de rencontre, d’échange et de confrontation d’expériences avec  la population environnante.

Le jour venu les jeunes de l’ANERSER pourront profiter également des enseignements et formations liés à ces activités et mieux s’intégrer au sein de la population locale.

L’ANERSER se charge du recrutement des jeunes en repérant ceux qui sont prêts à suivre cette formation. VSD se réserve le droit de renvoyer à l’ANERSER un jeune qui ne pourrait se conformer aux principes et règlements de la structure et du centre.

Les jeunes seront admis au centre par petits groupes, jusqu’à ce que la capacité maximale d’accueil, fixée à douze (12) soit atteinte. Chaque départ pourra être remplacé.

Dans la mesure du possible VSD demande à l’ANERSER de recruter au sein du premier groupe, un jeune ayant déjà une expérience collective similaire (par exemple issu du foyer familial de l’ANERSER à Saponé) qui pourra être considéré comme un tuteur par les autres jeunes du groupe et sur qui l’animateur responsable pourra s’appuyer au quotidien.

L’ANERSER enverra un animateur de son équipe à Kokologho pendant trois jours (vendredi, samedi et dimanche) chaque mois.

Le vendredi sera consacré à la coordination avec l’animateur responsable du groupe, employé par VSD. Le samedi et le dimanche est prévu pour le remplacement de l’animateur employé par VSD pendant son temps de congé.

L’animateur employé par l’ANERSER mettra ce temps à profit pour continuer le suivi auprès des pensionnaires dans le cadre de la mission que l’ANERSER s’est fixée.

VSD remboursera à l’ANERSER les frais normalement prévus dans le cadre de la rémunération de cet intervenant.

Le montant de ce remboursement sera forfaitaire et convenu chaque année entre les responsables de VSD et de l’ANERSER.

VSD sera associée par mail au compte rendu de cet intervenant.

L’ANERSER pourra envoyer un ou plusieurs membres de son équipe à Kokologho pour rendre visite ou effectuer le suivi des jeunes à d’autres moments si elle le souhaite.

Dans ce cas tous les frais liés à la mission seront pris en charge par l’ANERSER… »

 

Les jeunes nous sont confiés dans le strict respect de la législation en vigueur. Ils ont tous été présentés devant le Procureur du Faso, qui par ordonnance, compte tenu de la réglementation, de leur situation et de leur intérêt, en a confié la garde provisoire à l’ANERSER.

 

Sur place, nous avons pris le temps de discuter avec Issa, notre animateur et Justin notre responsable coordinateur pour préciser l’esprit et la méthode dans lesquels nous allions travailler ensemble et mettre en place les moyens de notre communication, adaptés en fonction de notre éloignement. Nous échangerons par courriel à chaque fois que ce sera possible et recevrons régulièrement les fiches que nous avons demandé à Issa de remplir. Il consignera ce qui a été fait avec les jeunes, difficultés rencontrés et objectifs atteints, ainsi que tenue de comptabilité de caisse et de stock. Nous l’avons chargé d’établir un programme du travail à effectuer, avec les jeunes, sur le terrain dans les prochains mois - préparation et aménagement du terrain – entretien et arrosage des plantations d’arbustes (Jatropha, Gomme arabique…) - programme maraîchage (quoi ? quand ?) - programme élevage (Quoi ? quand ?) – compostage des éléments biodégradables récupération des déjections animales et fumure organique.

Nous avons insisté sur notre souci d’hygiène, de respect de tout ce qui est mis à disposition.

Issa sera (pour le moment seul) responsable des enfants sur le terrain, du lieu, des équipements et du matériel.

 

Jeudi 30 octobre, le grand jour est arrivé, ce que nous avions espéré, imaginé, devenait réalité…

Départ émouvant de l’ANERSER avec Joseph (l’éducateur de l’ANERSER qui travaillera avec nous pour le suivi) et nos cinq mômes, deux dans la cabine et trois sur le plateau du pick-up et tous les copains autour pour dire « au revoir »…

Route paisible (il ne fallait pas en perdre un en chemin…)

Arrivés à Kokologho ils ont retrouvé Issa (notre animateur) qu’ils connaissaient puisque nous l’avions envoyé en stage auprès d’eux… découverte des lieux… «Perception du paquetage », chacun a eu un matelas, une couverture, une serviette de toilette, une brosse à dents, un gobelet, une « tasse » (récipient servant d’assiette), une cuillère…

Ils on testé leur matelas (probablement la première fois qu’ils allaient dormir sur un lit…)

 

 

Nous avons présenté et fait le tour des lieux… C’est beau ici… Tout ça c’est pour nous ?… Où est-ce qu’on peut jouer au ballon ?...

Très rapidement, serviette autour de la ceinture ils sont allés chercher l’eau au forage pour se doucher (le réservoir sur le bloc à douches n’étant pas encore opérationnel)… Le soleil s’est couché… Issa est allé acheter quelques oignons et tomates pour le riz gras… On a chargé les lampes en pétrole… Et l’aventure a commencé…

Depuis, les deux plus jeunes sont repartis (c’est une population très instable) et quatre nouveaux nous ont rejoint, dont un « expérimenté » issu du groupe de Saponé (un centre fonctionnant dans le même esprit) qui représentera un peu le « grand frère » et le « leader » sur qui notre animateur pourra s’appuyer.

 

Il ne nous restait plus qu’à trouver un nom pour la structure…

Nous avons arrêté : CENTRE DE FORMATION TEED BEOOGO, ce qui signifie « espoir d’un lendemain meilleur » en Moré (langue locale).

 

Les autres phases du projet « Kokologho », indépendantes les unes des autres  ne seront réalisées que sur validation des besoins réels de la population et de l'obtention des financements. Dès maintenant, nous mettons tout en œuvre pour trouver des partenaires susceptibles de nous aider. Bien entendu, nous sollicitons votre aide et votre réseau de connaissances pour nous aider à trouver des financements et monter des dossiers auprès de bailleurs de fonds.

 

Jathropha, (appelé aussi Pourghère en Afrique). http://fr.wikipedia.org/wiki/Jatropha_curcas

Nous poursuivons nos recherches concernant cet oléagineux que la presse internationale n’hésite plus à nommer « l’arbre à pétrole » ou « le nouvel or vert de l’Afrique »… Loin de vouloir faire concurrence aux multinationales, nous nous intéressons à cette euphorbiacée qui pousse spontanément en zone sahélienne et qui fait de merveilleuses haies vives en bordure de parcelle puisque les animaux ne la consomment pas. Elle se développe dans des terrains où rien ne pousse, notamment avec la technique des diguettes et du cordon pierreux elle renforce la stabilisation du terrain, retient l’eau, freine le ruissellement et participe à la régénération des sols et des nappes phréatiques ; on en connaît les vertus en médecine traditionnelle, les femmes utilisent les graines pour faire du savon ; et (cerise sur le gâteau) on peut en extraire une huile, biodiesel, qui semble facile à produire.

En juillet dernier, nous avons planté près de 3000 plants de Jatropha autour de notre terrain de Kokologho, selon 2 méthodes (pleine terre et pépinières), nous avons également emblavé une petite parcelle. Pour le moment les plants se comportent bien et nous constatons un bon taux de réussite (environ 60 % sur l’ensemble et quasiment 100% sur les zones entretenues).

Le test effectué sur la pelouse de l’ODE (notre hébergement quand nous sommes à Ouaga) est très encourageant. En moins de 2 saisons la plante mesure déjà 2 mètres et a donné de bonnes graines.

Nous avons rapporté deux kilos de graines qui seront testés sur la zone du nord Niger par les responsables de l’association Chlorophylle.

 

Moringa http://fr.wikipedia.org/wiki/Moringa_oleifera

Nous commençons à nous intéresser également au moringa, plante dont la valeur nutritive des feuilles est exceptionnelle particulièrement intéressante à faire connaître dans les zones où la malnutrition est fréquente. Nous avons planté quelques jeunes arbres sur notre terrain de Kokologho et avons acheté des graines au CNSF (Centre National des Semences Forestières) pour en développer la production.

 

Autres projets :

Le temps nous manquait pour aller faire le suivi de nos autres actions dans le pays.

Nous avons toutefois pu faire une réunion avec Pélagie pour avoir des nouvelles du groupement de femmes « Nabons Wende » et des activités de la permanence.

Nous avons également remis à Amidou notre contribution pour le financement des activités d’alphabétisation au CFA de Tangaye.

Nous avons déposé les sacs de vêtements d’enfants destinés à l’orphelinat de Guié www.azn-guie-burkina.org chez les responsables du centre à leur domicile de Ouaga. Ils étaient sur le terrain, mais ils pourront acheminer nos sacs lors d’un prochain voyage.

Expo vente

Au moment où nous rédigeons ce rapport, notre expovente du 29 et 30 novembre vient de fermer ses portes. Nous remercions chaleureusement tous ceux qui sont passés témoigner de leur soutien.

 

Nous profitons de l’occasion pour vous souhaiter à tous un joyeux Noël.

Appel à la générosité  Pour nous aider

Soyons clairs, pour continuer nos actions, nous avons besoin d’argent… Nous comptons sur vous pour mettre la main à la poche et nous envoyer un don (les petits ruisseaux font les grandes rivières…). Bien entendu, nous vous retournerons les certificats officiels permettant la défiscalisation de votre versement conformément à la législation en vigueur.

Un don de 50 €uros par exemple ne vous coûte en réalité que 17 €uros et permet de subvenir aux besoins d’un jeune pendant 1 mois !...

Toute mise en relation avec d’éventuels sponsors et autres sources de subventions nous seront également très utiles.