RAPPORT DE LA MISSION EFFECTUEE PAR

CATHY PERNOT, PHILOU BEAUCHAMPS

du 23 février au 9 mars 2008

& LOUIS GOUBIN (qui a prolongé de 2 semaines)

au MALI et au BURKINA

 

 

MALI (cliquez sur le lien pour afficher la carte)

  

 

Jatropha, (appelé aussi Pourghère en Afrique).

Notre objectif en nous rendant au Mali était d’approfondir nos recherches concernant cet oléagineux que la presse internationale n’hésite plus à nommer « l’arbre à pétrole » ou « le nouvel or vert de l’Afrique »… Loin de vouloir faire concurrence aux multinationales, nous nous intéressons à cette euphorbiacée qui pousse spontanément en zone sahélienne et qui fait de merveilleuses haies vives en bordure de parcelle puisque les animaux ne la consomment pas. Elle se développe dans des terrains où rien ne pousse, notamment avec la technique des diguettes et du cordon pierreux elle renforce la stabilisation du terrain, retient l’eau, freine le ruissellement et participe à la régénération des sols et des nappes phréatiques ; on en connaît les vertus en médecine traditionnelle, les femmes utilisent les graines pour faire du savon ; et (cerise sur le gâteau) on peut en extraire une huile, biodiesel, qui semble facile à produire, ce que nous voulions vérifier, les maliens étant plus avancés en la matière.

Nous nous sommes rendus sur place avec Amidou, Directeur du Centre de Formation Agricole de Tangaye, avec qui nous avons commencé et cofinancé une production expérimentale depuis l’an dernier (A la dernière saison des pluies, une trentaine de paysans ont été sélectionnés pour planter chacun une trentaine de jeunes pousses issues des pépinières du CFA).

Notre intention était de faire des recherches dans les secteurs de San, de Koutiala et de Sikasso, puis de revenir au Burkina par Banfora sachant que des expériences nous avaient été signalées aux alentours de ces villes.

A San (Région de Ségou), nous avons pris langue avec le Directeur des services de l’agriculture qui nous a mis en relation avec le responsable d’un programme de lutte contre la pauvreté grâce auquel une plateforme multifonctionnelle a été mise en place dans un village de brousse à 45 kms de là. Grâce au réseau des relations (indispensable en Afrique) nous avons trouvé un guide (de confiance) pour nous indiquer la piste et nous servir d’interprète. Arrivés à Maourolo, les villageois (un peu méfiants au début, mais rassurés dès que nous avons expliqué le motif de notre visite) se sont fait un plaisir de nous faire visiter leur pépinière, leurs plantations et leur plateforme multifonctionnelle. Ils plantent du Jatropha (Pourghère) en haies vives depuis une vingtaine d’années et depuis maintenant cinq ans, avec une presse hydraulique (de fabrication artisanale Burkinabé) ils produisent de l’huile qu’ils utilisent pour faire tourner les machines de la plateforme (concasseur et moulin à grain). Avec sept kilos de graines ils extraient un litre et demi d’huile, dont la viscosité diminue le taux d’usure des pièces du moteur et qui a un net gain de productivité en comparaison avec le diesel (pour un litre de Jatropha, ils disent obtenir le même travail qu’avec deux litres de gas-oil). Ils ont bien voulu nous vendre quelques graines ...

Satisfaits d’avoir trouvé les informations que nous cherchions, nous n’avons pas prolongé notre voyage plus au sud et avons rebroussé chemin en passant par Mopti.

Evidemment, de retour au Burkina, nous nous sommes rendus chez le fabriquant de presses à Gourcy (35 kms au sud de Ouahigouya) où nous avons pu voir (en activité) un groupement de femmes extraire de l’huile de Neem, puisque la presse peut-être utilisée pour tous les oléagineux.

Ainsi réconfortés nous avons décidé de poursuivre nos projets de production. Des pépinières seront mises en culture au CFA de Tangaye et sur le terrain de Namsiguia. Nous avons confié à Pascal (notre ami gardien des bureaux de l’ODE) mission de produire des plants (nous lui avons fourni graines, terreau et pots) que nous mettrons en terre à Kokologho à la prochaine saison des pluies. Les arbustes plantés l’an dernier à la permanence de Tanghin continuent de croître.

 

 

 

BURKINA-FASO

 

 

Association-AZN (Association inter-villages Zoramb Naagtaaba), commune de Guiè (Oubritenga) une soixantaine de kilomètres au nord de Ouagadougou. www.azn-guie-burkina.org

Orphelinat : Dès notre arrivée, nous sommes allés rendre visite aux petits de l’Orphelinat (CAED, Centre d’ Accueil de l’Enfance en Détresse). Nous leurs avons apporté des vêtements, des jouets  et des peluches. Nous avons fait des heureux !... Nous n’avions que ce qu’il était possible de transporter dans nos bagages, mais nous réserverons bonne place à ces enfants, en juillet prochain, quand nous ferons le tri dans nos cartons…

Bocage sahélien : Plus tard, nous sommes retournés à Guiè pour y rencontrer « Tonton », Henri GIRARD,  persuadé que tout espoir était permis en agriculture dès lors que la pluie, même rare, existait. Il est venu s’installer sur le plateau Mossi il y a près de 22 ans. Petit à petit, convainquant les paysans de 10 villages alentours, il a mis en place un concept de bocage sahélien, partant du principe qu’aucune goutte d’eau tombant sur une parcelle ne devait être perdue. Plantation de haies vives, réalisations de petites digues, culture sur zaï, complémentarité culture/élevage, … Le projet a fonctionné, les rendements avec ces méthodes sont très largement supérieurs à ceux obtenus en culture traditionnelle. Le territoire hostile qui n’était que poussière et sable, s’est transformé pour devenir relativement arboré et très convenable pour être cultivé. Cette rencontre a été très enrichissante, nous avons pu nous rendre compte, sur le terrain, de l’intérêt de ces techniques, qui nous serviront dans d’autres régions où existent les mêmes difficultés.

 

Groupement « Nabons Wende », Quartier de Tanghin (Ouagadougou, Kadiogo).

Les femmes du groupement se sont remises en ordre de marche, la permanence était plus fréquentée que lors de notre visite de l’été dernier. La bibliothèque fonctionne, le groupement assure des cours d’alphabétisation grâce à un financement trouvé auprès d’un autre partenaire, la fabrication de savon, de vin de bissap et de soumbala progresse doucement, quelques formations sont données en informatique, le moulin à grain est toujours opérationnel, une machine à coudre a été louée à une couturière, la buvette est ouverte, un homme qui propose du porc grillé et une femme qui confectionne des salades sont venus en renfort… Cependant les activités à la permanence sont bien moins intenses que ce que nous sommes en droit d’attendre. Les femmes doivent trouver une organisation qui leur permette de gagner en efficacité et de mieux contrôler les choses. Elles ont trop tendance à s’appuyer sur leurs activités plus facilement rentables (Caisse populaire et ramassage d’ordures ménagères), alors qu’il faudrait entraîner l’ensemble dans cette dynamique. Nous en avons longuement parlé avec la Présidente.

 

Centre de Formation Agricole et Artisanale de Tangaye (20 kms de Ouahigouya, Yatenga ; 200 kms au nord de Ouagadougou).

Nous soutenons ce centre qui propose une formation (en 3 ans) aux jeunes qui n’ont pas obtenu le Certificat d’Etudes, pour les aider à créer leur activité professionnelle (culture céréalière, maraîchage, élevage, menuiserie, soudure, électricité, maçonnerie, couture, cuisine…), et donne à la fin de la formation, à chacun, des moyens matériels pour débuter l’activité choisie dans son village.

Cette année encore nous participons au financement de l’alphabétisation (en français) des adultes en prenant en charge une partie de la rémunération de l’enseignant et les frais de carburant nécessaires à la production de l’éclairage des salles de classe.

Nous aidons également le CFA à aménager une parcelle située à proximité du barrage de Namsiguia. L’an dernier nous avions fourni une motopompe à haut débit (80 m3/h), nous avons ensuite soutenu les travaux d’aménagement du réseau d’irrigation. La construction d’un bassin en parpaings ne s’est pas avérée concluante, l’ouvrage s’est rompu n’ayant pas résisté à la pression de l’eau (les locaux attribuent cet échec aux protestations des esprits des ancêtres qui seraient enterrés à cet endroit…). Un château d’eau équipé d’un réservoir-tank fera parfaitement l’affaire (à ce propos, nous avons fait appel aux élèves ingénieurs de l’école d’électricité de Toulon, qui souhaitent s’associer avec nous, autour de ce projet). Afin de pouvoir travailler dans de bonnes conditions,  nous avons demandé à un technicien d’établir un relevé de la parcelle avec les surfaces exploitables, altimétrie et courbes de niveau. Nous avons également encouragé le Directeur du CFA à régler avec les responsables coutumiers, la question foncière.

Nous avons passé un bon moment sur place, à cette saison, une grande surface d’oignons était emblavée. Nous y avons vu les élèves travailler sous les conseils de leurs enseignants-formateurs. Ce terrain a de nombreux atouts pour être rentable. Nous avons financé tous les intrants nécessaires à l’actuelle campagne de production, afin de donner une base solide à cette activité. Les bénéfices escomptés lors de la vente des légumes produits devraient largement permettre de reconstituer le fonds nécessaire à la campagne suivante et assurer une partie du financement des activités du CFA.

 

Groupement « Qui bae-la bumbu » Ouahigouya, 180 kms au nord de Ouagadougou.

Nous avons organisé une réunion avec les femmes du groupement pour faire le point sur les activités menées.

Chacune ayant des projets et des besoins différents, notre meilleur appui a été la constitution d’un fonds de réserve permettant aux femmes de contracter quelques microcrédits afin de pouvoir commencer des activités rémunératrices en vue de subvenir à leurs besoins et ceux de leurs enfants. Selon leurs souhaits et compétences, elles se lancent dans des activités d’élevage ou de petit commerce. Elles sont très satisfaites de cette formule, les remboursements sont respectés et elles font de petits bénéfices. Certaines d’entre elles contractent déjà de nouveaux prêts (à condition d’avoir remboursé le précédent) pour progresser.

Le « professionnel » que nous avions sollicité l’été dernier pour réparer les machines à coudre et assurer la formation de quelques femmes ne s’est pas avéré fiable. Nous avons repris le matériel et avons fait faire les réparations par un commerçant du marché.

 

Nimpouya (région de Ouahigouya).

Nous avons organisé une rencontre avec les gens de ce village que nous retrouvons toujours avec autant de plaisir.

Le programme d’élevage ovin que nous avions initié avec le groupement villageois suit normalement son cours. Cette année la récolte de notre champ collectif d’arachides a été bonne et une surface plus importante pourra être cultivée à la saison prochaine.

Le forage prévu dans le cadre du programme développé par l’ONEA (agence de l’eau) et pour lequel nous avions aidé le village pour sa contribution financière, prend du retard. Nous avons rencontré les responsables de la Direction de l’Hydraulique de la Région Nord, des traces de cyanure auraient été trouvées dans les analyses de certains forages du secteur !..., par sécurité, des prélèvements complémentaires sont effectués et le programme s’en trouve très largement retardé, ce ne sera pas pour 2008.

En attendant, nous avons financé la réparation d’un puits-maraîcher existant autour duquel le jardin sera déplacé pour cette campagne de maraîchage.

 

Parrainage scolaire.

Sayouba, notre « filleul » nous avait demandé de l’inscrire dans un établissement plus sérieux que celui dans lequel il était l’an dernier, pour se préparer au baccalauréat dans sa classe de Terminale avec les meilleures chances de réussite. Effectivement le niveau n’a rien de comparable, il travaille avec autant de courage et d’application, mais ses notes sont bien inférieures. Nous avons néanmoins toute confiance en lui, il est sérieux et nous lui avons donné les moyens de se préparer matériellement dans de bonnes conditions. Son nouveau logement est plus confortable et fonctionnel, nous l’avons aidé à bien s’équiper et l’électricité lui permet de travailler le soir.

Sur place il nous accompagne dans les rencontres que nous organisons en brousse et nous apporte un soutien précieux quand il nous faut communiquer en langue locale. Il nous tient également régulièrement informé par internet.

 

 ANERSER Association Nationale pour l’Education et la Réinsertion Sociale des Enfants à Risques, secteur Pissy 17, Ouagadougou.

Nous apprécions le travail de cette association qui intervient à différents niveaux :

En milieu ouvert les éducateurs maintiennent un contact avec les enfants de la rue au cours de sorties diurnes et nocturnes et proposent aux jeunes en rupture de venir dans un centre d’accueil.

Deux centres (en milieu urbain à Ouagadougou ou rural à Saponé) peuvent être fréquentés en fonction du profil des jeunes. Ces centres proposent accueil et hébergement, prise en charge alimentaire, sanitaire, vestimentaire et hygiénique. On peut y pratiquer du sport et des activités ludiques, être écouté, participer à des causeries éducatives, bénéficier d’un soutien psychologique, être alphabétisé ou scolarisé, faire l’apprentissage d’un métier dans des ateliers de l’association (menuiserie, soudure, activités agro-maraîchères et pastorales) ou être placé en formation chez un professionnel ou un artisan.

Autant que faire se peut, l’association travaille à réintégrer l’enfant vivant dans la rue parmi les siens, en renouant les liens familiaux, favorise un retour avec ou sans installation professionnelle, sensibilise les parents et le cas échéant leur vient matériellement en aide.

Une troupe de théâtre a été créée au sein de l’ANERSER pour mener les actions d’information, de sensibilisation et de prévention. L’association se mobilise également contre le trafic d’enfants et développe des actions auprès des talibés (ceux qui mendient avec les boîtes de conserves) et des maîtres coraniques qui les « utilisent ».

Nous avons décidé de travailler en partenariat avec cette structure qui nous paraît sérieuse, efficace et réfléchie. Nous avons mis au point ensemble les conditions de notre collaboration dans le cadre de l’accueil et la formation agricole de jeunes issus de la rue sur notre terrain de Kokologho à partir de la prochaine saison pluvieuse (juillet 2008). Louis s’est rendu avec un animateur visiter le centre rural de formation de Saponé où chaque année une dizaine de jeunes viennent se former auprès d’un « ancien de la rue » qui a fondé une famille dans ce village. Ce centre est une réelle réussite puisque depuis 10 ans aucun des jeunes qui s’y sont formés n’a connu de récidive. C’est dans cet esprit que nous comptons travailler à Kokologho. Il a également travaillé avec l’équipe éducative à l’animation des jeunes, participé à des cours d’alphabétisation et à une sortie de nuit pour sensibiliser ceux qui sont dans la rue.

 

Kokologho, à 45 kms de Ouagadougou sur la route de Bobodioulasso.

Compte tenu de notre expérience et afin de mieux maitriser tous les paramètres de l’aide au développement que nous souhaitons apporter, nous avons décidé de créer une structure au nom de notre association. L’été dernier nous avons cherché un terrain et après différentes rencontres, les villageois d’un quartier de Kokologho, intéressés par notre projet, nous ont donné une parcelle de près de 7 hectares, en zone non lotie. Ce terrain, en partie arboré et riverain d’un bas-fond qui se remplit d’eau en saison pluvieuse nous convient parfaitement. Depuis il a fallu suivre le parcours administratif devant nous conduire au titre officiel. Nous sommes très près du but. Le « Certificat de palabres » indiquant que les villageois nous cèdent la parcelle a été établi en présence des fonctionnaires de l’administration des domaines, le document a été ratifié (empruntes digitales de tous les propriétaires terriens) et nous en avons copie. Nous avons également obtenu la dernière signature du directeur du cadastre de Koudougou sur le dossier qui doit se conclure par l’acte définitif de propriété.

Notre ambitieux projet comporte plusieurs phases, indépendantes les unes des autres et qui ne seront réalisées que sur validation des besoins réels de la population et de l'obtention des financements :

·         Construction d'un hébergement (dortoir, logement animateur, sanitaires, magasin, cuisine, réfectoire, et forage) pour accueil d’une douzaine de jeunes issus de la rue qui recevront une formation en maraîchage, agriculture et élevage, pour leur permettre de retourner s'installer dans leurs villages et créer une activité rémunératrice pour assurer leurs propres besoins.

·         Construction d'un bâtiment de 2 classes pour alphabétisation des jeunes en formation et ceux du village.

·         Construction d'un bâtiment administratif avec logement du responsable, bureau et magasin pour banque alimentaire.

·         Construction d'un bâtiment de 3 ou 4 ateliers pour formation des jeunes du centre et ceux du village (selon les besoins, ateliers possibles : menuiserie, soudure, couture, savon, mécanique, séchage…).

·         Création d’une coopérative villageoise pour mise en commun des savoirs et techniques dans les domaines agricoles, avec éventuellement équipement en moulin à farine, presse à karité, unité de production d'huile végétale (Jatropha, Karité) pour biocarburant et l’aménagement de bassins pour pisciculture.

Dès réception du titre de propriété, nous lançons les travaux qui permettront la mise en œuvre de la première phase, que nous comptons lancer lors de notre prochaine mission en juillet prochain.

Il faudra ensuite trouver des moyens pour réaliser le reste du projet. Dès maintenant nous sollicitons votre aide et votre réseau de connaissances pour nous aider à trouver des financements et monter des dossiers auprès de bailleurs de fonds.

 

Collecte

Nous remercions tous ceux qui ont répondu à notre appel de l’automne dernier. Tous les cartons de matériel, vêtements, jouets, livres… ont été expédiés et (après toutes procédures de transit et dédouanement) sont arrivés à destination le dernier jour de notre mission. Ils sont stockés en lieu sûr à la permanence et nous nous en occuperons en juillet prochain.