RAPPORT DE LA MISSION EFFECTUEE PAR

Cathy PERNOT, Isa CABUT * et Philou BEAUCHAMPS

au BURKINA-FASO Du 4 au 27 février 2011 

* Isa n’est rentrée que le 4 avril

 

Kokologho, à 45 km de Ouagadougou sur la route de Bobodioulasso.

(N.12°11'020’’ ; W.1°53'034’’).

Les habitués le savent, nous consacrons actuellement l’essentiel de notre énergie au suivi et au développement du Centre de Formation en Agriculture que nous avons créé à Kokologho.

Une formation agro-sylvo-pastorale écologique, en trois années, y est proposée gratuitement à des jeunes d’un faible niveau scolaire, capables toutefois de suivre un enseignement en français. L’objectif en fin de cycle, est de leur permettre de s’installer en milieu rural avec les compétences nécessaires pour mettre en œuvre une activité rémunératrice et faire vivre une famille. Une remise à niveau en enseignement général est également dispensée pour qu’ils puissent être en mesure de comprendre et assumer le fonctionnement d’une petite exploitation,  pour pouvoir s’intégrer convenablement dans le milieu social et accomplir quelques démarches administratives de base. L’établissement est mixte, en demi-pension avec la possibilité pour les filles d’être hébergées en internat.

Nous avons eu le plaisir de retrouver des élèves motivés et à l’esprit très coopératif. Avec les formateurs, nous avons travaillé à l’instauration de pratiques pédagogiques participatives et conviviales fondées sur le respect de tous, ce qui n’est culturellement pas évident dans la mesure où ils n’ont pas eu l’occasion de le vivre eux-mêmes.

La bibliothèque nouvellement créée est très vivante. Nos élèves y ont chaque jour un temps de travail après le repas et les élèves du collège et du lycée de la commune viennent progressivement s’y inscrire.

Les activités évoluent très favorablement et les résultats sont visibles. Alors que la saison sèche bat son plein, tomates, piments, oignons, papayes, haricots verts, aubergines, haricots feuilles, patates douces, ignames, bananes, moringas, sont cultivés au jardin. Les plantations d’arbres : jatrophas, neems, acacias, baobabs, manguiers, tamariniers, grenadiers, bambous sont très bien entretenues nous avons ajouté des palmiers dattiers, citronniers et anacardiers.

Le poulailler, dont le bâtiment vient d’être terminé, est une belle réalisation. Un coq et 25 poules de race locale (tous vaccinés) y sont élevés. Nous avons acheté quelques accessoires (mangeoires…), aux dernières nouvelles 32 poussins sont nés…

Une construction de même type a été programmée pour l’élevage des petits ruminants (chèvres et moutons).

Avec l’aide de l’association Femmes d’Europe - que nous remercions vivement ici -, nous avons construit deux nouvelles latrines et un hangar pour les préparations de cuisine au feu de bois. Nous avons acheté la partie métallique et commandé la réalisation d’un « cuiseur autonome pour cantine scolaire » économe, qui sera maçonné très prochainement et qui devrait nous permettre d’économiser de 50% à 75% du bois utilisé pour la cuisson.

Nous avons commandé la fabrication d’une kassine (charrue à traction animale) aux ateliers « Promata » équipée de tous les accessoires utiles pour la culture en zone sahélienne (sous-soleuse, butoir, labour, trident). Aux premières grandes pluies, un coordinateur viendra former Issaka, notre gardien - ouvrier agricole, ce qui nous permettra, avec la collaboration de notre âne « pompon » d’améliorer nos techniques de culture, notamment en pratiquant le zaï.

Le volet « énergie » du programme se concrétise. Les démarches entreprises auprès de la mairie pour un raccordement au réseau de la SONABEL (régie nationale d’électricité) s’étant soldées par une proposition inacceptable (on nous demandait près de 40 000 €uros !...), nous avons étudié la possibilité de devenir autonome dans notre production. L’idée de mettre en place une plate-forme multifonctionnelle était envisagée depuis longtemps, c’était donc l’occasion… Nous avons contacté les services du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) sachant qu’en association avec l’état burkinabé, des programmes à destination de groupements villageois sont proposés en zones rurales. Nous comptions au moins sur un appui de suivi logistique et technique,  en espérant mieux… Compte tenu de l’intérêt des activités proposées par le centre, la coordinatrice de la CAC-ADIS/AMUS (Cellule d’Appui Conseil) a classé notre projet en « demande communautaire », ce qui signifie que nous aurons la dotation complète d’une plate-forme en équipement (un moteur « type indien » pouvant actionner un alternateur simultanément avec une décortiqueuse ou un moulin à farine, avec chargeur de batteries et possibilités de faire fonctionner un dispositif de pompage de l’eau dans une citerne et/ou un poste à souder et scie électrique). De notre coté, nous devrons construire le local et verser une contribution symbolique. Nous mettrons en place un groupement constitué de villageoises et de parents d’élèves, la plateforme servira tant le développement du village que celui du centre. La formation et accompagnement des femmes du groupement sera assuré par les animateurs de la cellule d’appui pendant une période pouvant aller de 2 à 5 ans. Cette perspective est un grand pas en avant tant pour le développement des activités que pour favoriser notre intégration auprès de la population.

Nous avons réuni le bureau des parents d’élèves. Le manque de disponibilité et l’éloignement de ses membres ayant nui à son efficacité, une Assemblée Générale a été convoquée et un nouveau bureau a été désigné. Nous avons désormais l’espoir d’une meilleure collaboration de la part des familles.

Nous avons également sollicité les autorités coutumières pour rappeler aux villageois que notre permis d’exploiter le terrain (équivalent propriété) ne leur donne plus la disponibilité des arbres, même s’ils ont été plantés antérieurement. Les choses se passent en douceur et mettent toujours un certain temps…

Pour faire un point sur la situation politique : Le décès d’un collégien de koudougou, suite à un interrogatoire « musclé » mené par la police a déclenché un mouvement de grèves dans tous les milieux scolaires et un vaste mouvement de protestation dans le pays. Il y a eu des émeutes un peu partout au cours desquelles,  malheureusement, de nouvelles vies ont été sacrifiées… Chacun sait que le climat est tendu dans la sous-région… Les établissements scolaires ont été fermés, les congés scolaires avancés… pendant ce temps, pour éviter toute confusion et par solidarité, nous avons fermé la classe et continué à travailler avec nos élèves en travaux pratiques… Le calme semble maintenant rétabli et les cours ont repris.

 

Isa.

Isabelle CABUT a pris contact avec nous l’an dernier, sur recommandation d’un « bon copain », pour nous faire part de son désir de venir en aide aux populations africaines… Sa personnalité, sa carrière d’institutrice et son expérience de terrain dans le domaine socio-éducatif, nous ont convaincus. C’est ainsi qu’Isa nous a donné 2 mois de son enthousiasme, ses compétences et son énergie pour venir « vivre avec » nos jeunes à Kokologho. Très vite, nous nous sommes liés d’amitié. Nous l’avons associée aux multiples échanges quasi-quotidiens que nous avons, notamment par mail, depuis la France pour le suivi des projets. Nous avons travaillé ensemble, sur place pendant les 3 premières semaines de sa mission… Cette rencontre a vraiment été une grande chance pour notre association et un tremplin pour le développement pédagogique du centre « Teed Beoogo ». Isa fait complètement partie de notre équipe et nous serons heureux de continuer à réfléchir avec elle au développement de nos actions.

 

Ousmane.

10 ans déjà que nous connaissons Ousmane… C’est lui le mécanicien de notre célèbre « deudeuche », le débrouillard qui a souvent une bonne solution sur le terrain, l’homme discret et sage qui apporte sa contribution en toute simplicité, celui qui connaît où ça se trouve… et comment on fait… Au fil des années, il a gagné notre confiance et notre amitié. Toujours fidèle, fiable et le plus souvent disponible, nous l’avons petit à petit associé à nos actions et lui avons confié des démarches à effectuer quand nous rentrons au pays… C’est lui qui porte les déclarations aux services des impôts, à la caisse de sécurité sociale, lui qui apporte les payes aux formateurs, qui achète et transporte les vivres de la cantine quand nous ne sommes pas là, qui approvisionne les chantiers, qui suit les travaux… Son soutien est essentiel et précieux, nous l’avons officiellement engagé à mi-temps aux fonctions de coordinateur technique.

 

La case accueil à Réo (une dizaine de kilomètres à l’est de Koudougou).

Nous avons retrouvé Françoise Coste-Lacote à la « Case Accueil » où elle a créé un orphelinat. Les petits sont toujours aussi craquants, mais nous étions venus pour parler de la culture du «Moringa », l’arbre aux qualités nutritionnelles exceptionnelles. Françoise ne mâche pas ses mots… Elle a régulièrement été visitée par des gens qui ont profité de son expérience pour faire du profit, ce qui nous a valu un accueil « mitigé » dans un premier temps…  La bonne humeur a rapidement pris le dessus quand elle a compris qui nous étions… Nous avons visité le jardin et l’atelier de transformation situés près de la case, ainsi qu’un autre terrain plus important, en brousse, où elle a un petit campement et une expérience d’apiculture. Les moringas sont dédiés et taillés différemment  selon que l’on souhaite en exploiter les feuilles, les fleurs, les graines, ou les racines. Depuis, nos relations sont amicales et nous échangeons régulièrement. Nos plantations au jardin de Kokologho ont été taillées selon ses précieux conseils. Nous ferons tout pour unir nos efforts et collaborer. 

 

Groupement « Nabons Wende ».

Comme à chaque mission, nous sommes allés rendre visite à Pélagie à la « permanence » de Thanghin. Les nouvelles sont bonnes et les activités fonctionnent plutôt bien. 4 femmes à la Caisse Populaire, 4 femmes au ramassage des ordures ménagères, 2  femmes à la fabrication du savon.

En savonnerie, elles ont même du mal à fournir les commandes et on tient compte de leçons… il n’y a plus de paiement à crédit, les gens payent cash !.. 

Le responsable de la buvette (enfin stable) est là depuis longtemps, il paye l’électricité et verse son loyer régulièrement.

La bibliothèque « tourne au ralenti » (9 abonnés), mais Pélagie s’est associée avec un de ses promotionnaire pour construire un lycée (elle avait le terrain). Elle en assurera la Direction. 8 classes ouvriront à la rentrée prochaine et notre bibliothèque sera transférée dans une 9ème salle (toujours ouverte au public).

Les activités de formation explosent… Elles ont obtenu du FONAEF (Fonds National pour l’Alphabétisation et l’Education non Formelle) le financement de 15 sessions d’alphabétisation (30 personnes par centre, soit 450 formations) et la formation de 100 personnes en savonnerie (4 groupes sur 1 semaine)… En notre présence une grande cérémonie s’est tenue  lors de la remise des diplômes des sessions antérieures et de la remise du matériel en dotation pour les nouvelles formations. Toutes les personnalités locales étaient là !... Nous avons été présentés comme les initiateurs, ceux avec qui l’expérience à commencé… Malgré nos tenues de brousse et notre poussière au milieu des dames en grandes tenues (nous arrivions d’une journée de travail à Kokologho…), il a fallu se fendre d’un petit discours et de l’interview sur RTB la télé burkinabé…

 

Rescrit fiscal.

La démarche n’était pas obligatoire et nous n’avions aucun doute, mais à toutes fins utiles, nous avons fait valider par l’administration des finances publiques que notre association répondait bien aux critères définis aux articles 200 et 238 bis du code Général des Impôts par demande de rescrit fiscal selon l’article L80 C du Livre des procédures fiscales. C’est chose faite, si vous aviez encore quelques réticences… Les reçus que nous délivrons sont conformes.

 

Appel au « Parrainage » des élèves que nous formons

Chaque élève nous coûte en moyenne 450 €uros pour l’année (salaire des formateurs, frais alimentaires, activités agricoles au centre). Nous avons fait le nécessaire auprès de notre banque et proposons la mise en place d’un prélèvement Demander une Autorisation de Prélèvement. Pour vous convaincre, en tenant compte des mesures légales permettant la défiscalisation, un prélèvement mensuel de 37,50 €uros représente un effort réel de 50 centimes par jour et permet la prise en charge d’un élève… Sur cette base, nous avons lancé un appel auprès de tous ceux (personne physique ou morale) qui, parmi vous, pouvaient nous aider à assumer cette dépense. Nous remercions vivement ceux qui ont répondu, grâce à eux nous avons une vingtaine d’élèves pris en charge, mais nous continuons notre appel, dans l’espoir de faire parrainer tous nos élèves, ce qui nous permettrait de consacrer les fonds de l’association aux nécessaires investissements sans avoir à se soucier du fonctionnement… Dans la mesure du possible, nous avons une préférence pour les autorisations de prélèvements qui assurent une trésorerie régulière…

 

Au chapitre des démarches administratives…

Le dossier « foncier » concernant l’octroi de notre terrain de Kokologho était au point mort depuis de longs mois, procédures d’attribution bloquées au niveau du service des domaines… Nous avons décidé de dessaisir ceux qui en avaient la charge et de reprendre nous-mêmes les démarches. Avec nos explications (et un chèque pour témoigner de note bonne foi…) les fonctionnaires nous ont plutôt facilité la tâche, les documents sont à nouveau en bonne voie…

 

Région de Ouahigouya (Nord) et de Banfora (Sud-ouest)

Avec tout ça… Nous n’avons pas eu le temps de rendre visite à nos amis éloignés, nous nous rattraperons en juillet prochain…

 

Expovente

Notre prochaine expovente aura lieu le week-end du 28 et 29 mai, dans les locaux du « PO » 66 rue d’Assas, 75006 Paris (passer par le porche du N° 68 et entrer dans la cour de droite). Ce sera l’occasion de faire quelques achats aux couleurs de l’été, utiles et originaux, tout en prenant des nouvelles des actions menées sur le terrain. Nous serons heureux de vous y retrouver.

 

Collecte

Un nouvel envoi de matériel est prévu à l’automne 2011.

Pour notre bibliothèque, nous recherchons des ouvrages de littérature africaine.

 

Sauf urgence, nos prochaines missions au Burkina Faso sont prévues du 29 juin au 23 juillet, puis du 15 au 29 octobre 2011.

 

Appel à la générosité pour nous aider

Soyons clairs, pour continuer nos actions, nous avons besoin d’argent… Si vous n’avez pas répondu à notre appel à parrainage, nous comptons sur vous pour mettre la main à la poche et nous envoyer un don (les petits ruisseaux font les grandes rivières…). Bien entendu, nous vous retournerons les certificats officiels permettant la défiscalisation de votre versement conformément à la législation en vigueur.  Pour un particulier, Un don de 50 €uros par exemple ne coûte en réalité que 17 €uros... Evidemment, toute mise en relation avec d’éventuels sponsors et autres sources de subventions nous seront très utiles.