RAPPORT DE LA MISSION EFFECTUEE PAR

Cathy PERNOT et Philou BEAUCHAMPS

au BURKINA-FASO

Du 29 juin au 23 juillet 2011

 

 

Kokologho, à 45 km de Ouagadougou sur la route de Bobodioulasso.

(N.12°11'020’’ ; W.1°53'034’’).

Les habitués le savent, nous consacrons actuellement l’essentiel de notre énergie au suivi et au développement du Centre de Formation en Agriculture que nous avons créé à Kokologho.

Une formation agro-sylvo-pastorale écologique, en trois années, y est proposée gratuitement à des jeunes d’un faible niveau scolaire, capables toutefois de suivre un enseignement en français. L’objectif en fin de cycle, est de leur permettre de s’installer en milieu rural avec les compétences nécessaires pour mettre en œuvre une activité rémunératrice et faire vivre une famille. Une remise à niveau en enseignement général est également dispensée pour qu’ils puissent être en mesure de comprendre et assumer le fonctionnement d’une petite exploitation,  pour pouvoir s’intégrer convenablement dans le milieu social et accomplir quelques démarches administratives de base. L’établissement est mixte, en demi-pension avec la possibilité pour les filles d’être hébergées en internat.

Fin juin, malgré une sécheresse sévère et des pluies qui se faisaient attendre, c’est avec grand plaisir que nous avons retrouvé nos élèves toujours aussi coopératifs et motivés. Pour l’hivernage, la plus grande partie de la parcelle avait été semée en légumineuses - arachides, niébé (haricot), pois d’angole - qui sont produites en saison pluviale et sont aussi utiles pour fertiliser le terrain que pour couvrir nos besoins alimentaires de l’année, les graines seront cuisinées et les fanes nourriront les animaux d’élevage. Grâce à un arrosage journalier, la zone de maraîchage était encore très honorable tant les arbustes que les légumes et toute une zone humide jouxtant notre forage avait été cultivée avec des patates douces, du gombo, de la menthe… Satisfaits de ce travail accompli, nous avons fixé la date des congés et organisé la nécessaire permanence sur l’exploitation (3 groupes de 12 élèves assurant chacun une présence de 4 semaines, pendant les 3 mois de congés).

La cérémonie de remise des résultats a été organisée le 7 juillet. Elèves, parents, représentants APE, responsables coutumiers, Bado, Bakary, Ousmane, Issaka, Sayouba, tout le monde était là. En plus de la remise des bulletins, des prix et des cadeaux pour les élèves, nous avons mené une longue réunion (sous l’arbre) pour parler des éléments essentiels de la formation proposée. Chacun a pu s’exprimer,  Sayouba assurant la traduction Mooré-français pour nous. Moktar, Président de l’APE a fait de longues interventions pour expliquer aux parents la nécessité de s’unir à nos cotés pour le bien de leurs enfants et de ne pas oublier de s’acquitter de la contribution, assez symbolique que nous leurs demandons pour montrer leur bonne volonté. Il a insisté lourdement, a été relayé par le chef… Tout allait dans le bon sens. L’échange qui a duré près de 2h et a été très positif. Nous avons ensuite rencontré le nouveau bureau de l’APE, nous leur avons répété que nous comptions sur eux pour être moteur dans la relation avec les familles, l’essentiel avait déjà été dit.

La construction du bâtiment prévu pour l’élevage de petits ruminants (chèvres et moutons) n’était pas achevée car les carrières d’extraction des briques de latérite avaient fermé (les plus fortunés achètent les parcelles à proximité du chantier de réfection de l’axe routier Ouaga –Bobo, essentiel pour l’activité du pays dans un but lucratif et en expulsent les ouvriers !…). Ousmane a envoyé Francis (notre ouvrier puisatier) se former à la taille de la pierre pour exploiter un affleurement latéritique proche, mais notre chantier ne sera pas terminé avant la rentrée.

En attendant, nous avons donc pris la décision d’acheter des zébus qui pourront partager, à l’attache avec notre âne, l’herbe abondante en cette saison ; 2 mâles qui seront formés à la traction animale (notre âne « Pompon » n’étant pas assez costaud pour tirer la kassine) et 2 femelles pour la reproduction. Dans un premier temps, nous avons pris des animaux de « race locale », choisis pour leur rusticité, que nous améliorerons par métissage avec des races plus nobles comme la Goudali, au fil du temps…

Mariam, notre nouvelle cuisinière, nous a fait très bonne impression. Nos filles s’entendent bien avec elles et l’assistent dans la préparation des repas.

Le local abritant la PTFM (plateforme multifonctionnelle) a pu être terminé et le module de base composé d’un moteur diesel Rhino « moteur indien », une décortiqueuse Rhino, un moulin Rhino, un alternateur Viking (10 kWh, 230 V, 43,5 A, 50 Hz), un chargeur de batteries, a été installé. Avec Moktar (Président de l’association des parents, qui nous aide beaucoup dans nos démarches), nous avons mis en place le Comité Féminin de Gestion. Les femmes ont été sélectionnées en fonction de leurs disponibilités et leurs nécessaires compétences (il faut au moins que celles qui tiennent le cahier de comptes et d’activités sachent un peu lire, écrire et compter…), en prenant soin de respecter la représentation des différents quartiers et en y associant les parents d’élèves.

La formation et accompagnement des femmes du groupement sera assurée par les animateurs de la cellule d’appui pendant une période pouvant aller de 2 à 5 ans. Cette perspective est un grand pas en avant tant pour le développement des activités que pour favoriser notre intégration auprès de la population. Début juillet, la formation de base a été effectuée sur une semaine par le technicien, puis l’animateur chargé de la formation en gestion et du suivi est intervenu pendant trois jours et se déplacera plus souvent pendant la phase de lancement. Les activités de la plateforme ont pu commencer. Les villageois viennent déjà faire concasser leurs céréales, écraser leurs graines de karité et moudre leur farine. A l’occasion d’une réunion avec tous les responsables de la cellule d’appui, nous avons pu nous mettre d’accord sur les principes. La plateforme est mise à disposition de la population de façon autonome pour l’amélioration des conditions de vie au village, avec notre contrôle et notre appui. Le fonctionnement de la plateforme sera donc séparé et le groupement reversera un quart de son chiffre d’affaires à la caisse du centre (le reste étant réparti à parts égales sur fonctionnement, amortissement et salaires).

En réunion avec l’ensemble de l’équipe des intervenants sur le centre, nous avons rappelé les fondamentaux (pédagogie, contenus d’enseignement, respect des personnes et du matériel, rôle et investissement de chacun dans le projet) et développé les axes qui devront permettre au centre de devenir à terme endogène dans son fonctionnement (élevage, construction de bâtiments, aménagement d’un boulis, des zones de pâturage, agrandissement de la zone de maraîchage, création d’une boutique, gestion raisonnée des dépenses…).

Moringa : Cette plante aux vertus exceptionnelles est cultivée en abondance au centre. Elle est très utile à l’amélioration des sauces consommées par nos élèves et pourra être commercialisée séchée. Nous avons demandé à Françoise (fondatrice de l’orphelinat de Réo devenue spécialiste du moringa) de venir nous visiter et faire part de son expérience spécifique à cette culture à nos formateurs.

Jatropha : Avec la plateforme, cette question revient d’actualité, d’autant plus que nous ne pourrons pas prétendre à l’achat de gasoil détaxé (réservé aux installations d’état). Nos plantations en haies-vives produiront bientôt des graines et nous ferons l’acquisition d’une presse pour en extraire l’huile. L’association de paysans pourrait assurer une source de revenus pour eux et un approvisionnement en graines pour nous… Afin de lancer le processus, nous avons remis 100 graines à chacun de nos élèves qui avaient commencé une activité agricole au village, en leur donnant toutes les précisions spécifiques à ce type de culture qui selon le procédé mis en œuvre peut s’avérer très bénéfique, comme néfaste…

Notre première promotion d’élèves sortira en fin d’année scolaire prochaine, il nous faudra mettre en place le processus d’accompagnement et un financement permettant d’initier leurs activités (ils doivent préparer leur projet, avec les formateurs, en 3ème année). Nous avons déjà placé quelques jalons pour des possibilités de stages auprès d’une ferme d’élevage (poules pondeuses, canards,  lapins…) et d’un atelier de séchage de moringa.

 

Région de Ouahigouya (Nord)

Selon nos habitudes, nous avons établi notre base aux « 6S » pour cette courte mission.

A Basnéré où nous avons longuement discuté avec Assetou (responsable de la cellule séchage de fruits et légumes), puis comme à chaque fois, nous avons fait nos provisions à la savonnerie. Les femmes nous avaient mis de coté des savons au raisin (on ne nous oublie pas…).

Au sujet du groupement  « Qui bae-la bumbu » (que nous soutenons depuis longtemps), nous avons fait le point avec la trésorière Adama (assez fatiguée et diminuée physiquement avec un problème de bassin, mais toujours aussi agréable). Elle nous a fait le compte rendu des activités menées par les femmes et des microcrédits. Le groupement avec une vingtaine de femmes se développe assez bien et les activités progressent. Les « vieilles » cherchent du sang neuf chez les plus jeunes pour prendre des responsabilités. Nous avons également rencontré la Présidente, (heureusement Ousmane pouvait assurer la traduction). Les machines à coudre que nous avions fournies n’étant plus opérationnelles, nous les avons remportées à Ouaga pour les faire réparer et ainsi permettre à l’activité couture de se développer.

Sur la piste de Tangaye, nous avons effectué l’étape « obligatoire » au village de Nimpouya. Le vieux Naba (chef) était au jardin. Les villageois se débrouillent toujours bien avec le puits que nous avons remis en service. Ils n’avaient pas encore semé le champ d’arachide, mais c’était prévu, juste après le mil… Le forage étant toujours au point mort, nous avons interrogé le « réseau »… des demandes posées ultérieurement ayant été satisfaites, il faut se rendre à l’évidence : soit leur cas n’est pas jugé prioritaire, soit ils ne sont pas assez « pistonnés » auprès des décideurs (probablement les 2)… nous leur avons conseillé de laisser tomber le forage (notre puits permet au femmes de prendre l’eau), de récupérer l’argent de la contribution et d’initier une nouvelle activité avec (élevage de petits ruminants ou bovins, ou autre…). Ils semblaient de notre avis, à suivre…

Nous avons retrouvé Amidou  (Directeur) au CFA de Tangaye. Le fonctionnement de l’établissement étant comparable à celui de Kokologho, nous avons pris « un bon bout de temps » pour échanger sur toutes les questions concrètes d’organisation que nous souhaitions aborder (rations alimentaires, contrats du personnel, prestations vétérinaires, production d’huile de jatropha, présence d’une femme au dortoir…)

Amidou a sollicité notre aide pour quelques groupements de femmes qui sèment du Niébé (haricot) à la saison pluvieuse, les récoltes étant rachetées par le PAM. Nous lui avons remis de quoi acheter 100 kg de semences. En précisant que pour les années à venir, les femmes devraient mettre de coté de quoi racheter les intrants nécessaires et que nous voulions un compte rendu de l’activité.

En partant, nous avons pris quelques plans de « leucaena » un arbre dont les feuilles sont très appréciées des animaux, que nous avons demandé aux formateurs de planter à Kokologho.

 

Au chapitre des démarches administratives…

Nous avons sollicité une demande auprès du le chef de projet cantine scolaires. Nous l’avions déjà rencontré pour d’autres écoles dans le passé et savions que depuis 2009 le soutien du Catwell est conditionné par la mise en place d’activités visant à atteindre un objectif de cantines endogènes. Compte tenu des actions menées à Kokologho et de l’agrément qui nous a été délivré par le Ministère de l’Enseignement de Base, il nous a assuré de son aide. Dès notre sortie de son bureau, il a donné le dossier à enregistrer à son secrétariat.

Nous avons également rencontré la personne chargée de mission coopération décentralisée et suivi des ONG auprès de l’Ambassade de France, notre objectif étant de trouver un moyen de faire assumer les charges salariales des intervenants afin que le centre « teed beoogo » puisse un jour continuer de fonctionner de façon pérenne… Selon elle : Pour ce qui est du Burkina, la formation professionnelle entre dans les compétences des régions, nous devrons nous rapprocher de la mairie de Kokologho, du Conseil Général de Koudougou et de la direction Déconcentrée Régionale ou Provinciale de l’Agriculture… Vaste programme pour la prochaine mission en octobre…

Auprès de la Direction de Impôts, nous avons fait le nécessaire pour que la baisse des IUTS (prélevées à la source) décidée par le gouvernement  dans le cadre des mesures « sociales » soit effective pour nos employés.

A la CNSS nous avons fait la déclaration de nos nouveaux salariés et pris les dossiers pour qu’ils bénéficient de toutes les prestations de sécurité sociale.

A l’assurance, nous avons actualisé notre contrat en Responsabilité Civile pour dommages corporels et matériels, qui couvre les élèves et les intervenants pour tous les risques pendant les activités chez nous, ainsi que sur le trajet et toutes les manifestations organisées dans l’établissement.

Au service des domaines de Koudougou, nous avons versé le solde des taxes relatives à notre attribution provisoire de terrain. Il ne restera plus qu’à demander l’évaluation des aménagements réalisés pour obtenir le permis d’exploiter quand nous aurons avancé encore un peu dans la construction des bâtiments.

 

Microcrédits

Emmanuel à qui nous avions permis le financement d’un aménagement de sa buvette pour subvenir aux frais de scolarisation de ses enfants arrive à la fin de ses remboursements.

Nous avions aidé Emmanuel (fils de Nathanaël) en lui payant les fournitures nécessaires à ses 2 années de BEP Génie civil, Spécialité Dessin Bâtiment. Emmanuel vient d’obtenir son BEP. Pour le Bac pro, il doit maintenant aller au Bénin faire la terminale F4 en internat. Evidemment Nathanaël n’a pas les moyens de lui payer cette année d’études. Nous avons convenu avec lui qu’à titre exceptionnel, nous pourrions lui accorder un microcrédit, qu’il remboursera en 20 mois.

 

Appel au « Parrainage » des élèves que nous formons

Chaque élève nous coûte en moyenne 450 €uros pour l’année (salaire des formateurs, frais alimentaires, activités agricoles au centre). Nous avons fait le nécessaire auprès de notre banque et proposons la mise en place d’un prélèvement Demander une Autorisation de Prélèvement. Pour vous convaincre, en tenant compte des mesures légales permettant la défiscalisation, un prélèvement mensuel de 37,50 €uros représente un effort réel de 50 centimes par jour et permet la prise en charge d’un élève… Sur cette base, nous avons lancé un appel auprès de tous ceux (personne physique ou morale) qui, parmi vous, pouvaient nous aider à assumer cette dépense. Nous remercions vivement ceux qui ont répondu, grâce à eux nous avons une vingtaine d’élèves pris en charge, mais nous continuons notre appel, dans l’espoir de faire parrainer tous nos élèves, ce qui nous permettrait de consacrer les fonds de l’association aux nécessaires investissements sans avoir à se soucier du fonctionnement… Dans la mesure du possible, nous avons une préférence pour les autorisations de prélèvements qui assurent une trésorerie régulière…

Nous vous précisons que nous avons fait valider par l’administration des finances publiques que notre association répondait bien aux critères définis aux articles 200 et 238 bis du code Général des Impôts par demande de rescrit fiscal selon l’article L80 C du Livre des procédures fiscales. Les reçus que nous délivrons sont conformes.

 

Expovente

Notre prochaine expovente aura lieu le week-end du 3 et 4 décembre, dans les locaux du « PO » 66 rue d’Assas, 75006 Paris (passer par le porche du N° 68 et entrer dans la cour de droite). Ce sera l’occasion de faire des achats de noël, utiles et originaux, tout en prenant des nouvelles des actions menées sur le terrain. Nous serons heureux de vous y retrouver.

 

Collecte

Un nouvel envoi de matériel est prévu en fin d’année.

Pour notre bibliothèque, nous recherchons des ouvrages de littérature africaine.

 

Notre prochaine mission au Burkina Faso est prévue du 15 au 29 octobre 2011. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés des évolutions.

 

Appel à la générosité pour nous aider

Soyons clairs, pour continuer nos actions, nous avons besoin d’argent… Si vous n’avez pas répondu à notre appel à parrainage, nous comptons sur vous pour mettre la main à la poche et nous envoyer un don (les petits ruisseaux font les grandes rivières…). Bien entendu, nous vous retournerons les certificats officiels permettant la défiscalisation de votre versement conformément à la législation en vigueur.  Pour un particulier, Un don de 50 €uros par exemple ne coûte en réalité que 17 €uros... Evidemment, toute mise en relation avec d’éventuels sponsors et autres sources de subventions nous seront très utiles.